INTERVIEW
La Bourse vit-elle des heures difficiles ?
Forcément, quand l'économie s'arrête, ce n'est pas bon pour la Bourse. Pour l'instant, il y a peu de dossiers d'introduction en Bourse (IPO) qui sont en préparation. Et c'est normal. Les entreprises préfèrent intégrer les marchés quand les investisseurs sont disponibles.
Mais il faut se mettre à la place des investisseurs, refroidis par la chute des marchés et de leurs placements.
Le danger est de voir les gens se désintéresser de la Bourse. Les investisseurs sont intéressés quand il y a du potentiel. De l'autre côté, quand l'économie s'arrête, ce n'est pas bon pour la Bourse. Mais la Bourse, ce n'est jamais linéaire. Après le plus bas connu en mars, on peut dire aujourd'hui que la Bourse remonte. Même si les entreprises continuent à licencier. C'est peut-être cynique mais d'une certaine façon, la Bourse anticipe des jours meilleurs. Mais tout cela prend du temps. L'investisseur est un gibier peureux.
La confiance que vous calculez par l'indice de volatilité est-elle au plus bas ?
Si on fait un petit retour en arrière, avant la crise, l'indice de volatilité était entre 15 et 20 % pour le Bel 20. Il est monté jusqu'à 75 % en pleine crise. Un plus haut. Preuve de la nervosité des marchés. Aujourd'hui, cet indice est retombé à 25 %. Il y a une certaine stabilisation qui s'opère. C'est moins le yo-yo. On peut donc raisonnablement penser que le climat est de plus en plus favorable aux IPO.
Reste que pour les prétendants à la Bourse, la chute des cours, en plus de refroidir les investisseurs, crée une sérieuse concurrence.
Effectivement, si toutes les valeurs, même les plus défensives, ont chuté de 50 %, il est très difficile pour une nouvelle société, peu connue, de convaincre l'investisseur. Face à des valeurs « bon père de famille », la concurrence est rude.
Vous croyez encore aux actions « bon père de famille » ?
Il y a un an, on disait que les bancaires étaient des actions de bon père de famille… Elles avaient un bon rendement et le dividende augmentait chaque année. Mais si on regarde des Delhaize, Belgacom, Solvay ou Colruyt, ce sont toutes des actions qui résistent à la crise. Colruyt par exemple. Jusqu'à la moitié du mois de décembre, elle était la seule action encore positive sur les quatre marchés d'Euronext.
Mais le peu d'émissions d'actions et à l'inverse le succès dans les obligations, ce sont 2 indicateurs qui démontrent que la prudence guide toujours l'investisseur.
Oui effectivement. La prudence règne toujours. Normalement, les mois de mai et juin sont une période propice pour les émissions d'actions. Aujourd'hui, il n'y a que Befimmo qui a lancé une opération.
Faut-il comprendre que pour 2009, il ne faut pas s'attendre à l'arrivée de nouvelles sociétés en Bourse de Bruxelles ?
Non, deux dossiers sont en préparation pour une introduction sur Alternext. Il s'agit de deux cotations directes, sans prospectus validé par la CBFA. L'admission sur la cote peut donc se faire sans publicité. En principe, une de ces deux opérations devrait se dérouler en juin.
Concrètement, comment doit se dérouler ce type d'IPO ?
L'entreprise doit lever au moins 5 millions d'euros avant de pouvoir faire son introduction. Cette levée de fonds doit se faire auprès de 5 investisseurs au minimum. Mais à l'inverse, elle ne peut contacter plus de 100 personnes. Avant l'IPO, elles ne peuvent faire de publicité auprès des investisseurs. Cela en ferait une offre publique. Normalement, l'une des deux sociétés devrait profiter de son listing pour annoncer une nouvelle levée de fonds. Mais cette fois-ci avec un prospectus.
Pourquoi ne pas étendre cette cotation directe au Marché libre, comme le fait Euronext Paris ?
Sur Alternext, les entreprises cotées sont soumises aux obligations de publicité et autres formes d'informations obligatoires. Ce n'est pas le cas avec les sociétés du Marché libre. Je pense que les circonstances actuelles n'incitent pas à être de moins en moins exigeant. Cela ne serait pas dans l'air du temps !
Faut-il y voir un signal ? Un retour des entreprises ?
Aujourd'hui, nous notons un certain intérêt. Quand les banques ne prêtent pas, les entrepreneurs doivent bien chercher ailleurs de l'argent. Nous savons que nous allons avoir d'autres dossiers.
Propos recueillis par François-Xavier Lefèvre

















