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Le Marché libre comme outil de lutte contre la myasthénie grave
30/01/2008  – L'Echo 30-01-08
Les fonds levés par la firme CuraVac serviraient à financer un stade précoce du développement d'un vaccin.

La Bourse a de plus en plus la cote auprès des dirigeants d'entreprises qui cherchent à récolter des fonds pour financer le développement d'un produit issu de leurs laboratoires, et à rester ainsi autonomes à l'égard des géants du secteur «le plus longtemps possible». Rien qu'à Bruxelles, elles sont déjà quatre a avoir épousé ce modèle: outre Innogenetics, la pionnière, on trouve Galapagos, DevGen ou encore Oncomethylome.

Une PME de droit américain implantée à Rixensart s'apprête à grossir leurs rangs, mais à un échelon inférieur, celui du Marché libre (lire encadré).

CuraVac, c'est son nom, a été constituée pour développer et commercialiser un vaccin humain contre la myasthénie sévère, une maladie auto-immune «orpheline» (rare, ndlr) qui s'attaque à la jonction neuro-musculaire. Entre autres symptômes, celui qui en est atteint souffre, au moment des crises, d'une fatigabilité musculaire extrême, susceptible par exemple de se traduire par la perte de maîtrise des muscles oculo-moteurs. Aristote Onassis fut confronté au problème, comme environ 1,5 personne sur 10.000. Chaque année, on recense un nouveau cas par tranche de 100.000 individus. A ce jour, il n'existe aucun traitement curatif, seulement des solutions de fond qui maintiennent l'affection sous contrôle. Le taux annuel de rémission spontanée est évalué à 2%.

Stéphane Huberty, un médecin bruxellois reconverti en patron de société, fut foudroyé par une myasthénie sévère en 1996. Battant dans l'âme, et partant du sage principe qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, il se mit très tôt en quête d'une parade. «En surfant sur internet, j'ai pris connaissance des résultats encourageants auxquels ont abouti certains travaux du professeur J. Edwin Blelock, un éminent immunologue de l'Université d'Alabama. Les chiens atteints de myasthénie grave auxquels son vaccin a été inoculé présentent un taux de guérison de 75%, contre une proportion de 17% de guérisons spontanées. Nous nous sommes rencontrés, et avons conclu qu'il était tout-à-fait envisageable de traduire en application humaine cette réussite de laboratoire», explique-t-il.

La mission a donc été assignée à CuraVac. Cette société dirigée par Huberty - et dont Blelock cautionne le volet scientifique - a, dans un premier temps, pu être dotée grâce aux contributions de patients, familles et associations concernées par la maladie. La seconde étape passe par le Marché libre.

La patience récompensée

L'investisseur particulier qui misera sur CuraVac à ce stade précoce de son développement émettra en quelque sorte un pari sur l'avenir, puisque la société est vouée à encourir des pertes tant qu'elle n'aura rien à vendre et que ses recherches consomment des capitaux. Dans le meilleur des cas, le vaccin ne sera pas disponible avant 4 ou 5 ans. «Les actionnaires peuvent espérer dégager une plus-value dès la fin de la phase 1, attendue en 2010. A ce moment, un nouveau brassage de fonds risque de s'avérer nécessaire pour financer la suite du programme, et si les résultats confortent notre conviction favorable, les opportunités de dégagement ne manqueront sans doute pas», souligne Huberty.

Il précise aussi que s'il a opté pour la voie boursière, c'est après avoir renoncé à solliciter les «venture capitalists», solution plus traditionnelle pour ce genre de dossier, parce que «les discours de ceux qu'il a rencontrés ne l'ont pas convaincu».

Les fonds qui seront récoltés lors de l'offre publique initiale (IPO) ont vocation d'être affectés au financement des essais cliniques de stade 1a du candidat vaccin. «Quelque 25 patients déjà atteints de myasthénie feront l'objet des premiers tests, moyennant une série de restrictions. En phase 2b, la base sera en principe élargie à 25 autres cas, mais la plupart des restrictions seront alors levées», schématise-t-il.

Le dirigeant a confié à Small Caps Finance le soin d'amener CuraVac sur le Marché libre bruxellois. En vertu du projet élaboré par l'intermédiaire rhodien, l'IPO interviendrait l'automne prochain et porterait sur une augmentation de capital de 1 million de dollars (USD). L'opération sera précédée d'un placement privé de 0,5 million d'USD, pour les besoins duquel CuraVac serait valorisé à quelque 10 millions d'euros. Le produit de ce premier tour de table serait quant à lui utilisé pour finaliser les études réglementaires de non-toxicité aux normes édictées par la FDA et l'EMEA, les agences sanitaires US et européenne.

Quant à la phase 3 et à la commercialisation, qui suggèrent des dépenses sans commune mesure avec les ressources d'une PME, elles passeraient sans doute par l'adossement à une multinationale pharmaceutique. «Nous faisons déjà l'objet d'approches, mais il serait prématuré pour nous de signer», assure Huberty à ce sujet.

Fabian Lacasse