Appelé le 1er octobre aux fonctions de président d'Euronext Bruxelles, de membre du directoire d'Euronext NV et de membre du management committee de NYSE Euronext, Bruno Colmant, a d'emblée laissé entendre que, pendant la durée de son mandat, une attention toute particulière serait accordée aux PME cotées ou susceptibles de l'être un jour («L'Echo» du 2 octobre). Il s'en explique...
Quelle(s) recette(s) préconisez-vous pour mieux choyer les PME?
Nous nous attelerons surtout à promouvoir activement le Marché libre sur le terrain. Cela signifie que nous ne devons plus seulement être désirés, mais proactifs. Aller au devant des intervenants, qu'ils soient entrepreneurs ou investisseurs, pour les convaincre de l'intérêt de notre démarche. Dans la pratique, cela se traduira à la fois par l'organisation d'événements durant lesquels les PME cotées auront l'opportunité de se présenter au public, ou par des initiatives pédagogiques à l'intention des particuliers, dont on sait qu'ils constituent environ 90% du public-cible pour ce genre de titres. Sur l'Eurolist, cette proportion atteint environ 25%.
Quel bilan dressez-vous du Marché libre?
Il constitue une réponse adéquate à un besoin réel, en ce sens qu'il épouse parfaitement un biotope économique belge constitué par une majorité de PME. A l'heure où le réservoir de «big caps» nationales tend à se stabiliser, il me semble judicieux de préparer l'avenir en faisant l'effort d'attirer les PME, de les cultiver et, dans le meilleur des cas, de les aider à franchir les échelons vers les segments réglementés. Riche d'une vingtaine de valeurs cotées opérant dans des secteurs d'activité très diversifiés, le Marché libre n'en est pas moins toujours en phase d'amorçage de pompe, même si la taille critique, que je situe entre 30 et 40 lignes de cotation, n'est plus si éloignée. On pourra alors parler d'un marché complètement diversifié, susceptible d'attirer de nouvelles PME grâce à son propre rayonnement.
Quels sont selon vous les principaux freins à son expansion?
J'en dénombre deux. D'abord une timidité certaine de la part des patrons de PME, aux yeux desquels la Bourse reste mal connue et semble difficile d'accès. Ce sont au demeurant des idées que nous nous efforcerons de corriger, car le Marché libre est très souple et accessible à de nombreuses PME - en tout cas aux plus prometteuses -, et ce quelle que soit leur taille. Ainsi, en moyenne, les sociétés qui y sont cotées occupent 25 personnes et réalisent un chiffre d'affaires annuel de 5 millions d'euros. Quant aux capitaux qui y ont été levés, ils sont modiques (entre 300.000 et 2,5 millions d'euros). De ce côté-là, il est clair qu'une longue œuvre d'évangélisation nous attend, mais nul doute que cela en vaudra la peine.
Le second frein majeur que j'observe a trait à la taille plutôt réduite des émissions, qui n'incite guère les banques-guichet- à mobiliser toute leur organisation commerciale, alors qu'elles se sont au contraire lancées dans de grandes manœuvres de rationalisation de celle-ci.
Cela justifierait que les grandes banques font la sourde oreille aux IPO du Marché libre?
Le secteur bancaire a un rôle fondamental à jouer, tant en termes de promotion du marché que de récolte des ordres. Mais c'est vrai, cette intervention est, de nos jours, plutôt confinée à de petites institutions, alors que les quatre grandes banques de réseau ne sont que peu présentes. Il est néanmoins naturel que les grandes institutions se concentrent sur les opérations d'introduction en Bourse les plus importantes, ce qui permet du reste à plusieurs nouveaux conseillers de se spécialiser dans le montage des opérations du Marché libre, et ainsi aux candidats émetteurs à trouver aisément un intermédiaire qualifié pour leur introduction. Mais le fait que le placement vise majoritairement les personnes physiques rend en revanche crucial, pour le Marché libre, que les investisseurs puissent passer par leur guichet habituel pour souscrire, sans devoir pour cela ouvrir un compte auprès de l'intermédiaire en charge du dossier. Euronext Bruxelles informe à cette fin l'ensemble des banques et sociétés de Bourse des caractéristiques techniques de toute nouvelle émission du Marché libre.
On constate d'ailleurs qu'après l'introduction, la moitié des ordres émane des réseaux de guichets des quatre plus grandes banques belges, ce qui illustre l'appétit de leurs clients pour ce type de valeurs. Les systèmes de banque par Internet favorisent aussi les négociations sur le Marché libre.
La réticence des grandes institutions bancaires à s'engager plus franchement sur ce segment est, je pense, une situation inhérente au fait que le produit reste en cours de développement. Elles ont pour l'heure adopté une position d'observation ; dès qu'elles auront obtenu leurs assurances quant à la durabilité du Marché libre, elles finiront inéluctablement par se manifester. On a constaté ce phénomène avec le «Tax Shelter», un produit financier compliqué qui a dans un premier temps été exploité par de petits opérateurs… avant d'intéresser les banques une fois qu'il a été établi qu'un courant d'affaires réel pouvait en découler. Je suis convaincu que le Marché libre génèrera un puissant courant d'affaires dès que les PME commenceront à y croire elles-même. La première étape sera de vaincre le scepticisme ambiant. Cela dit, j'imagine que l'arrivée des banques sur le Marché libre se fera plutôt, souplesse oblige, par le biais de leurs départements de «private banking». Pour celles qui en disposent, du moins.
Quels sont les atouts séduction du Marché libre à l'égard des PME et des investisseurs ?
Les premières y trouvent le moyen de lever des capitaux à bon marché pour financer leur expansion, ainsi qu'un fameux surcroît de notoriété. En sus, une telle visibilité leur permettra de recruter du personnel et des conseillers (administrateurs indépendants,…) d'un niveau intéressant, et induira chez elles un cercle vertueux en matière de discipline de gestion, par exemple. Il me semble qu'à terme, l'accès à la Bourse tendra à être beaucoup plus banalisé. Qu'on le concevra d'abord comme une modalité de financement complémentaire aux classiques crédits bancaires.
Quant aux seconds, les plus avisés d'entre eux n'ont pas manqué d'observer que la faible corrélation entre les marchés réglementés et le Marché libre fait de ce dernier un outil de diversification idéal. La grande diversité sectorielle que l'on y observe plaide aussi en faveur de cette assertion.
Tout comme ses performances relatives, puisque depuis janvier 2006, il s'est apprécié de 51,1% en valeur, alors que le BEL 20 a gonflé de 27%. En clair, ça a du sens, pour un particulier, de placer une partie de ses économies dans ce genre de société, mais avec une perspective de long terme.
Que répondez-vous à ceux qui fustigent le coût prétendument démesuré d'une IPO ?
Je conçois que le coût d'une introduction en Bourse puisse en effet paraître élevé, surtout en raison du caractère relativement incompressible des frais liés à la rédaction et à l'impression du prospectus. Néanmoins, ces coûts doivent être considérés comme des dépenses de marketing, eu égard aux gains que l'opération procure en termes de visibilité. De plus, ces frais sont très largement compensés par l'augmentation de valeur de la société, dont les actions perdent une grande partie de la décote d'illiquidité (estimée entre 15 et 25%) dont souffrent les valeurs non cotées. Enfin, il convient de garder à l'esprit qu'ils n'interviennent qu'une seule fois, alors que la visibilité qui en résulte est permanente.
Propharex et SV Patrimonia veulent introduire en Bourse leur propre filiale. Est-ce malsain?
Au contraire, c'est certainement une idée intéressante, puisque cela conduit à faire coter des entreprises dont l'activité, différente de celle de la maison-mère, est bien concentrée et délimitée. C'est d'ailleurs un avantage non négligeable que présentent en général les sociétés cotées sur le Marché libre par rapport à leurs illustres aînées : souvent «monométier», elles en sont d'autant plus faciles à comprendre pour les investisseurs. Cela dit, le phénomène n'est pas propre à Propharex et SV Patrimonia, puisque Umicore (avec Nyrstar) et Omega Pharma (Arseus) ont aussi choisi cette voie.
Si toutes les PME cotées s'astreignent à publier leurs résultats annuels, l'accouchement s'avère plus délicat pour les semestriels...
Les sociétés cotées sur le Marché libre ne sont pas tenues d'établir des comptes semestriels. L'objectif est de garder les contraintes administratives aussi faibles que possible. Cette tendance sera maintenue. Si une société prend l'initiative de publier des comptes semestriels et/ou d'officialiser un rachat ou l'obtention d'une commande, cela ne peut qu'améliorer l'efficience du marché. C'est aussi un moyen pour elle de rester en contact plus étroit avec sa base d'actionnariat.
Propos recueillis par Fabian Lacasse
















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