Des capitaux frais devraient permettre à cette micro-entreprise bruxelloise de faire exploser ses ventes.
Sauf contretemps, Webby's International rejoindra le Marché libre dans le courant du premier semestre 2008.
Si la transaction se concrétise, ce concepteur et distributeur bruxellois de jouets deviendra la plus petite entreprise jamais introduite sur ce segment réservé aux PME (lire encadré) : cette année, elle prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de 0,5 million d'euros. Mais elle est rentable et dégagerait même des marges confortables.
La niche dans laquelle s'est logé Webby's, c'est celle des jouets et accessoires éducatifs en bois. Fabriqués pour l'essentiel en Chine, ils sont conçus à Bruxelles; une partie non négligeable de l'assemblage, de la manutention et de l'emballage est également assumée chez nous.
Le concept Webby's repose sur une organisation flexible. Un avantage, mais aussi un inconvénient.
« Nous occupons quatre salariés à temps plein ; quant au volet créatif, il est laissé au génie de stagiaires de grandes écoles belges et étrangères qui peaufinent leur formation chez nous quelques mois durant. Selon les périodes de l'année, ils sont au nombre de cinq à douze. Cette option requiert de notre part une forte capacité d'adaptation au changement, mais en retour, le brassage d'idées d'horizons aussi divers constitue un de nos principaux atouts», estime Willy Danenberg, qui détient avec son épouse la totalité des titres de la société.
Pour le reste, fabrication, stockage, expéditions ou graphisme, par exemple, celle-ci recourt à la sous-traitance.
Webby's a été créée en 2002 sur les cendres d'une autre entreprise familiale orientée vers... l'informatique. «De cette structure, nous avons hérité de dettes qui ont lourdement pesé sur notre capacité d'autofinancement. Comme en outre, l'activité de jouets a démarré sans capitaux, ce ne fut pas toujours évident. Mais la situation a été apurée durant le dernier exercice fiscal, et nous sommes aujourd'hui prêts pour un nouvel envol», souligne le dirigeant.
La gamme actuelle de Webby's, qui se targue d'exporter dans 24 pays, est riche de plus d'une centaine d'articles. Elle est destinée à une clientèle d'écoles, de jardins d'enfants ou de chaînes de grande distribution comme Carrefour, Cora, Leclerc ou Broze.
Mais sa petite taille a parfois joué de mauvais tours à la PME. C'est précisément l'un des aspects que devrait gommer l'introduction en Bourse. « Nous visons la notoriété et le renforcement de notre trésorerie en priorité. Par le passé, il nous a fallu renoncer à des contrats parce que nous n'avions pas les reins assez solides, et d'autres fois, nous avions la gamme de produits adéquate, mais nous étions écartés sur ce critère de taille. Demain, cela ne doit plus arriver», poursuit Danenberg.
Une autre affectation des fonds qui seront levés auprès des particuliers concerne le financement partiel d'une nouvelle implantation.
«Un investissement des plus opportuns», selon lui.
Sur le plan social enfin, l'entrée en Bourse se traduirait rapidement par le doublement des effectifs de base de la société.
A côté de son activité traditionnelle, Webby's a amorçé une diversification dans la fourniture de compagnies aériennes, une niche qui promet de devenir le principal moteur de sa croissance. « C'est un segment particulier. Nous proposons à notre clientèle des jouets et articles - des plateaux repas, par exemple - conçus pour occuper les enfants d'âges divers durant les vols de moyen et long courier. Comme nous avons créé nos propres personnages, la question souvent épineuse des droits d'exploitation nous est favorable», explique-t-il.
En 2006, cette branche a généré environ 35% du chiffre d'affaires total. Danenberg s'est fixé l'objectif de faire grimper cette proportion à 60% après l'introduction. «C'est là que les capacités financières supplémentaires génèreront l'effet de levier le plus important».
Pour cette année, des incertitudes demeurent. Ainsi, le blocage en Chine de milliers de containers remplis de jouets - dont les siens -, suite à la crise provoquée par le géant Mattel, le préoccupe. «Si la situation perdure, nos livraisons pour la période de Noël en souffriront. Or nous réalisons alors jusqu'à 80% de nos ventes annuelles», conclut-il.
En revanche, Danenberg applaudit lorsqu'il contemple la détérioration continue du billet vert. «Nous achetons en dollars et vendons en euros».
Petite et jolie?
Derrière le défi boursier de Webby's, on retrouve Bernard Ruzziconi. «Contrarian» dans l'âme, le patron de SCF, l'intermédiaire qui a porté jusqu'ici l'énorme majorité des introductions sur le Marché libre, se plaît à promouvoir ce genre de PME dont ses rivaux raillent volontiers le caractère lilliputien. «Ce qui compte à mes yeux, c'est l'histoire, la niche et les projets, ingrédients d'une croissance soutenue. Plus tôt on entre, plus l'effet de levier est important», se défend-il, notant que dans ce cas, ce sont justement les fonds additionnels apportés par la Bourse qui sont censés propulser Webby's dans les sphères supérieures.
Il est prévu d'organiser dans le courant du premier semestre 2008 l'offre publique initiale qui précéderait la cotation sur le Marché libre bruxellois. Elle porterait sur un montant maximal de 0,5 million d'euros, pour une valorisation «premoney» de 1,5 million d'euros qui laisserait à Willy Danenberg et son épouse une participation majoritaire de 75%. Pour faire bonne mesure, l'opération serait couplée à un emprunt obligataire d'un montant équivalent. Au mieux, Webby's disposerait donc d'un million d'euros d'argent frais. «Avec cette somme, nous pouvons raisonnablement espérer doubler nos revenus annuels pendant les trois à cinq prochaines années», pronostique-t-il encore.
Fabian Lacasse - L'Echo

















