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L'aventure africaine de Propharex
01/08/2007  – L'Echo 01/08/07
Jean-François Capart a développé un concept de micro-usine pharmaceutique très adapté à la réalité et aux besoins locaux.

Fort d'une présence décennale, Jean-François Capart, le patron de la firme courcelloise Propharex, est lui aussi rompu aux échanges commerciaux euro-africains. Il faut dire que son concept de micro-usine pharmaceutique est particulièrement adapté à la réalité locale. Interview.

Pourquoi vous-êtes vous tournés vers l'Afrique?
Les besoins africains en médicaments sont immenses, notamment en ce qui concerne les trois grandes pandémies que sont le sida, la malaria et la tuberculose. En outre, j'avais déjà un petit réseau en Afrique centrale, où j'ai passé trois ans à la fin des années soixante. Nous avons commencé, en 1997-98, par le Congo, pour une question de réseau et de liens historiques. Bien que soutenu par la Région wallonne, le projet d'implanter une première unité pilote à l'Hôpital général de Kinshasa, plus gros hôpital public du pays mais aussi le plus délabré, s'est heurté à de nombreuses difficultés, essentiellement politiques. Il a fini par avorter, en raison des trop grands risques politiques et économiques. Outre le Congo, nous avons été sollicités par pratiquement tous les pays d'Afrique francophone: Madagascar, le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi… pour n'en citer que quelques-uns. Tous ont manifesté un intérêt marqué pour notre produit. Il faut dire que l'approvisionnement en médicaments et leur accessibilité pour les populations africaines est aujourd'hui un enjeu important du développement et de la santé du continent et de ses populations. Sans compter que le lancement de productions locales est absolument indispensable pour le développement industriel du pays, à la base de créations d'emplois, de sauvegarde des devises… et de réduction de la dépendance vis-à-vis de l'Occident. Nous avons également été sollicités par quelques pays d'Afrique anglophone, parmi lesquels la Tanzanie.

N'oublions pas le Maghreb, même si les pays qui le constituent sont plus développés économiquement et industriellement. C'est d'ailleurs en Tunisie que nous avons installé notre première micro-usine, en 2002, à la demande d'un groupe d'industriels privés locaux. En 2004, nous avons en construit une deuxième au Gabon, dans laquelle nous sommes partenaires à 40%. Cette prise de participation prouve à nos interlocuteurs - à la fois le gouvernement et des privés gabonais - notre volonté de ne pas nous limiter à un transfert de technologie, mais de mettre également l'accent sur le transfert de compétences et le suivi à long terme de la production. Nous assurons d'ailleurs la formation du futur personnel local des micro-usines.


Qu'est-ce que cette aventure africaine a d'extraordinaire à vos yeux?

Faire du commerce avec l'Afrique permet de rencontrer des personnes très différentes, souvent intéressantes et passionnées, parfois surprenantes. Parfois aussi, malheureusement, mal intentionnées ou avides d'argent facile. Le choc des cultures s'incarne dans les rapports au travail et à l'argent, dans le décalage entre notre conception d'un projet industriel et celle des Africains. Tout cela rend les discussions toujours passionnantes, parfois éprouvantes… et l'aventure ne peut alors qu'être «extra» ordinaire!


Sur quel réseau vous appuyez-vous?

Etoffé au fil des ans, il est constitué de représentants de gouvernements et de ministères, de professionnels du secteur de la santé (ONG, pharmaciens, médecins…), de diverses personnes voire de personnalités connaissant bien l'Afrique pour y vivre ou y avoir vécu.

Pas mal de personnes ou d'organismes jouent un rôle de relais ou de facilitateur: les ambassades, les chambres de commerce (notamment la CBL-ACP, chambre de commerce belgo-luxembourgeoise -Pays ACP), l'Awex, quelques ONG... Mais aussi et surtout des consultants privés avides de valoriser leur connaissance et/ou leur expérience du continent africain. Mais si certains d'entre eux apportent une valeur ajoutée réelle dans le montage des projets, d'autres ne font que compliquer et ralentir le processus!


Quels écueils avez-vous rencontrés?

Le principal obstacle est d'ordre politico-administratif: instabilité, tentatives de corruption, lenteurs administratives, manque de cohérence aux différents échelons du pouvoir…

Or, pour qu'une micro-usine Propharex puisse voir le jour et surtout perdurer, il faut au préalable, tout au long du projet et des négociations, une forte adhésion des autorités locales; et un projet construit sur des bases saines excluant tout paiement de pots-de- vin. Sinon, on va droit dans le mur. Un autre écueil de taille concerne les pressions subies lorsque nous négocions l'implantation d'une unité, qu'elles proviennent de la concurrence (grossistes pharmaceutiques, génériciens asiatiques pour qui le marché africain est une mine d'or..) ou des opposants politiques. Elles vont de la concurrence déloyale à la corruption pure et simple des gouvernements pour favoriser tel ou tel rival au détriment de la production locale rendue possible grâce à la micro-usine. Un autre frein important à l'implantation de nos micro-usines est le manque de fonds propres des gouvernements et des privés africains pour financer un tel projet industriel. C'est là qu'entrent en jeu les bailleurs internationaux, qui peuvent apporter leur soutien mais souvent deux ou trois ans après l'introduction d'un dossier de demande. Si le projet gabonais a pu aboutir dans des délais raisonnables, c'est parce que ce pays dispose de fonds propres importants grâce au pétrole et au commerce du bois. Mais le Gabon reste une exception africaine…


Comment avez-vous contourné ces écueils?

Avec beaucoup de patience, appuyés par notre réseau! Au bout de quelques années, on commence à faire la distinction entre les personnes susceptibles d'être de réels adjuvants pour votre projet, et celles qui resteront quoi qu'il advienne des opposants.

Certains écueils sont plus faciles à contourner que d'autres. Nous ne pouvons évidemment pas agir sur la stabilité politique d'un pays. Par contre, nous pouvons nous entourer des bonnes personnes qui sauront convaincre un ministre de l'utilité pour son pays d'une micro-usine pharmaceutique, ou qui l'aideront à faire évoluer sa politique nationale sur le médicament.


Quel est votre pire souvenir d'Afrique? Et le meilleur?

Le pire n'a pas été un événement particulier, mais une somme de petites choses qui, au bout d'un certain temps, vous épuisent ou vous agacent: des matières pharmaceutiques qui restent bloquées en douane, en plein soleil, pendant des semaines et finissent par être inutilisables, à cause de la perte d'un formulaire ou d'un tampon inadéquat; des interlocuteurs qui changent sans cesse, sur le mode de la «chaise musicale», vous obligeant à reprendre à chaque fois le dossier à zéro…

Quant au meilleur, c'est d' avoir retrouvé en 1996 les cadres que j'avais formés en 1968 et qui avaient maintenu en vie l' ONG que nous avions créée ensemble.


Quels conseils formuleriez-vous à des entrepreneurs wallons/belges?

Etre patient, souple et inventif pour s'adapter à des situations parfois bien éloignées de celles auxquelles on pourrait s'attendre!

Le contact direct étant important en Afrique, des relations commerciales avec ce continent impliquent une grande disponibilité: missions sur place, longs échanges étalés sur de nombreuses années…

Les tentatives de corruption étant presque inévitables, il faut savoir ce qu'on veut à ce niveau-là.

Propharex a choisi de ne pas se laisser entraîner dans ce cercle vicieux, par souci éthique mais aussi parce que la corruption appelle la corruption: si un Africain apprend que vous avez donné un pot-de-vin à une de ses connaissances, il y a fort à parier qu'il tentera sa chance.

Si nous avions dû distribuer de l'argent par-ci, par-là, le prix de nos médicaments sortie usine au Gabon aurait considérablement gonflé, ce qui aurait été contraire à l'objectif du concept et bien entendu à tout impératif de rentabilité dans un secteur où la concurrence est très rude.

Dernier conseil: des organismes tels que l'Awex sont là pour aider les exportateurs à se lancer sur ces marchés difficiles. Le premier contact avec un pays africain peut se faire au cours d'une mission organisée par l'agence: c'est un bon moyen de s'assurer un planning de rendez-vous sérieux et définitif, et d'élargir son réseau par un échange d'expériences et de contacts avec les autres entrepreneurs qui, comme vous, se lancent dans l'aventure africaine!


Propos recueillis par Fabian Lacasse - L'Echo


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