Les patrons d'entreprises seraient-ils masochistes ? Alors que la conjoncture boursière est particulièrement mauvaise depuis l'été dernier, un grand nombre de sociétés ont encore fait leur entrée sur Euronext en 2007. En effet, en tout, les Bourses de Paris, Bruxelles, Amsterdam et Lisbonne ont enregistré pas moins de 140 IPO's ("Initial Public Offerings", soit les introductions en Bourse) l'an dernier, contre 141 en 2006 (voir l'infographie), année où la conjoncture était nettement meilleure.
Lors d'une réunion organisée hier chez PricewaterhouseCoopers sur le thème des IPO's, Bruno Colmant, le président d'Euronext Bruxelles, a commenté les dernières tendances en matière d'appel public à l'épargne. Principal constat : le Marché libre et Alternext, que l'on qualifie encore de "marchés non réglementés" accroissent encore leur importance au sein d'Euronext. Désormais, deux tiers des entrées en Bourse ont lieu sur ces segments destinés tantôt aux petites capitalisations. Pour rappel, lorsque le "flottant", c'est-à-dire le capital négociable sur le marché, atteint un minimum de 2,5 millions d'euros, une entreprise peut accéder à Alternext. Dans le cas contraire, il lui faut faire ses premiers pas sur le Marché libre où le "free float" doit toutefois représenter au moins 25 pc du capital. En Bourse de Bruxelles aussi, les marchés non réglementés prennent de plus en plus d'importance. Mais chez nous, le Marché libre n'existe que depuis la fin 2004 et Alternext a fait son apparition en 2006. C'est peut-être ce qui explique que la proportion d'IPO's sur ces segments en Bourse de Bruxelles est un peu inférieure à la moyenne de l'ensemble des places financières d'Euronext : 50 pc des IPO's belges ont eu lieu sur les marchés non réglementés en 2007, sur un total de dix-huit entrées en Bourse. Six opérations ont concerné le Marché libre et trois Alternext. En 2006, ces deux segments avaient organisé respectivement dix et quatre introductions en Bourse sur un total de vingt opérations sur Euronext Bruxelles, soit une proportion de 70 pc d'IPO's pour les marchés non réglementés. Mais ces chiffres tiennent compte du passage de Neuhaus de l'Eurolist, le marché réglementé, vers le Marché libre.
Des "marchés d'entrée"
Même si le nombre d'IPO's belges a légèrement reculé l'an dernier par rapport à 2006, "2007 a également été une bonne année avec neuf introductions en Bourse sur l'Eurolist, dont celle de Nyrstar, la plus grosse opération de l'ensemble des marchés d'Euronext", souligne Bruno Colmant. L'entrée en Bourse de Nyrstar, qui est également la plus grosse IPO belge depuis l'introduction en Bourse de Belgacom au printemps 2004, semble toutefois faire figure d'exception.
Plusieurs causes expliquent cette tendance. Ainsi, le vivier de grandes entreprises susceptibles de faire appel public à l'épargne n'est pas inépuisable. Il est normal qu'au fil du temps ces opérations d'envergure se raréfient. En outre, la plus grande proportion d'IPO's sur les marchés déréglementés correspond davantage au tissu socio-économique belge, largement dominé par les PME (petites et moyennes entreprises). De plus, étant donné "le nombre réduit de contraintes permettant aux PME d'accéder à la plus large plate-forme d'actions au monde, ces "marchés d'entrée" peuvent constituer un premier pas vers une cotation sur le marché principal", relève Bruno Colmant. Parmi les statistiques fournies lundi, on constate encore que les entreprises qui ont procédé à une IPO ont levé de 300000 à 2,5 millions d'euros sur le Marché libre, de 3 à 17 millions d'euros sur Alternext et de 20 millions à 3,283 milliards d'euros sur l'Eurolist, ce dernier plafond étant le fait de Belgacom. Nyrstar, le numéro deux du classement, est déjà relativement loin derrière, avec 1,391 milliard d'euros levés. Telenet complète le podium avec 1,060 milliard d'euros.















